à neuf heures de route de Phnom Penh, Rovieng est un village
isolé, sans électricité, eau courante ni téléphone. La culture du
riz procure à ses quatre mille habitants un revenu annuel moyen de
quarante dollars. C'est là, dans une école, que Bernard Krisher,
ancien journaliste du magazine américain Newsweek, a installé
deux ordinateurs fonctionnant à l'énergie solaire, puis une antenne
satellite pour les connecter à Internet. L'association qu'il
préside, AAC (Assistance américaine pour le Cambodge), a ensuite
ouvert un site Internet communal, Village Leap.
Internet doit servir à commercialiser des pièces en soie
naturelle tissées par les femmes du village, dont la fabrication
avait été abandonnée faute de clientèle. Six modèles d'écharpes sont
vendus sur VillageLeap.com, pour des prix allant de 22 à
65 dollars. L'argent ainsi récupéré a déjà permis de financer
un petit élevage de porcs.
AAP a également entrepris de former les enfants du village, qui
ne parlent que le khmer, à l'utilisation d'ordinateurs et à la
navigation sur le Web. Le programme d'initiation, d'une durée de
trois mois, est assuré par des orphelins venus de Phnom Penh, qui
ont eux-mêmes suivi des cours pendant un an et demi dans un centre
informatique. Ils sont secondés par les trois Américains de l'AAC
résidant à Rovieng, qui se chargent de la maintenance des
équipements, de la mise à jour du site et des transactions en
ligne.
Enfin, le site web doit aider à améliorer la situation sanitaire
de Rovieng, en publiant des informations médicales en langue khmère
et en mettant les villageois en relation avec un hôpital et une
université de Boston. Pour la première session de télémédecine,
organisée en février dernier, des informations et des photos prises
par un infirmier local ont été transmises à l'équipe médicale de
Boston, qui a en retour établi des diagnostics.
Dans un article publié par le quotidien américain Washington
Post, le journaliste Rajiv Chandrasekaran constate que
l'opération pourrait difficilement être étendue à d'autres villages.
La présence des expatriés est très coûteuse et le prix de la liaison
satellite l'est encore plus : actuellement, elle est offerte
par une entreprise thaïlandaise de télécoms, mais, au prix du
marché, elle coûterait près 18 000 dollars par an. Enfin,
les autorités cambodgiennes n'apprécient guère qu'une ONG contourne
ainsi le monopole d'Etat des télécommunications : elles
surveillent de près une expérience qu'elles n'ont autorisée qu'après
neuf mois d'atermoiements.
Géraldine Faes